VITEZ (A.)


VITEZ (A.)
VITEZ (A.)

VITEZ ANTOINE (1930-1990)

Né à Paris de parents modestes artisans photographes, Antoine Vitez a pour père un militant anarchiste qui lui inculque le goût de l’engagement, du travail de groupe et du savoir comme fin en soi. Il lui apprend aussi à le transmettre. Sa rencontre avec le théâtre remonte à l’enfance. Il assiste aux représentations données par les Pitoëff, Dullin, Jouvet, Baty. Titulaire du baccalauréat, il s’inscrit à l’École nationale des langues orientales et en sort diplômé de russe. Mais il suit également le cours d’art dramatique de Tania Balachova. Il veut en effet être comédien. Des engagements mal rémunérés et rares le contraignent néanmoins à vivre de traductions du russe et de l’allemand. Il songe à abandonner le métier de comédien pour celui de traducteur lorsque, en 1960, il rencontre Aragon. Vitez, qui avait adhéré en 1956 au Parti communiste, devient son secrétaire pour L’Histoire de l’U.R.S.S. et pour divers travaux littéraires.

Le théâtre lui offre alors des possibilités de travail. En 1962-1963, il est acteur et membre de l’équipe d’animation du Théâtre quotidien de Marseille. De 1964 à 1969, il occupe des fonctions similaires au théâtre-maison de la culture de Caen. Bénéficiant de conditions matérielles favorables, il peut aborder la mise en scène (Électre de Sophocle en 1966, sa pièce fétiche, qu’il reprendra en 1971 et 1986, Les Bains de Maïakovski en 1967). Sa maturité, ses diverses expériences lui permettent d’œuvrer à l’élaboration d’une éthique-esthétique d’une grande cohérence. Il lui arrive aussi d’être comédien au théâtre et au cinéma (Ma Nuit chez Maud , d’Éric Rohmer). Il poursuit également une œuvre littéraire personnelle (pièces et scénarios pour un théâtre de marionnettes de 1957 à 1962 et La tragédie, c’est l’histoire des larmes en 1976) et des travaux de traduction (La Fuite de Boulgakov, des poèmes de Yannis Ritsos et d’Anna Seghers).

Pour Antoine Vitez, le théâtre est le domaine où l’illusion peut devenir réalité, où le miracle existe par le simulacre. Il monte, en France et à l’étranger, des pièces de théâtre classiques (Andromaque , 1971; Phèdre , 1975; Faust , 1972), contemporaines (Partage de midi de Claudel, 1975; Mère Courage de Brecht, 1973; m=M de Xavier Pommeret; Iphigénie-Hôtel de Michel Vinaver), des textes romanesques (Vendredi , d’après le roman de Michel Tournier; Catherine , d’après Les Cloches de Bâle d’Aragon, 1975; Grisélidis , d’après le conte de Charles Perrault; et Les Miracles , d’après l’Évangile de Jean), façonnant avec ces derniers spectacles le «théâtre récit». Chacune de ses mises en scène est un travail spécifique dont la «règle du jeu» est déterminée par la lecture du texte, dont il s’efforce de respecter l’écriture et la structure. Mais les principes de base de Vitez sont toujours présents. Un temps influencé par Stanislavski, il s’en est éloigné pour se rapprocher des thèses de Meyerhold. Ses spectacles se caractérisent par le refus de la gratuité et de la facilité. Ils fonctionnent à partir de codes de jeu qui incluent souvent la démultiplication du personnage, ou de l’objet, et la permutation des rôles. Ses mises en scène s’élaborent à partir d’associations d’idées et de dialogues entre le texte, le metteur en scène et les comédiens. Vitez voit dans cette pratique la possibilité de serrer avec une plus grande précision la réalité: est mis en scène non seulement ce que le texte dit, mais aussi ce qu’il suscite de réflexions et de rêves. Refusant la notion d’«emploi», il considère que le comédien peut tout jouer (il a monté en 1978 L’École des femmes , Le Tartuffe , Dom Juan et Le Misanthrope de Molière, avec douze comédiens se répartissant tous les rôles).

Plusieurs thèmes cheminent à l’intérieur de ses différentes réalisations: la jeunesse, la vieillesse, la mort, l’athéisme — qui n’est pas ignorance de Dieu. Il peut évoquer également sa volonté de préserver le patrimoine culturel et de ne jamais négliger la création contemporaine. Vitez estime enfin que l’artiste a un rôle à jouer dans la communauté, et il assume, parallèlement à celles de créateur, les charges de directeur au théâtre des Quartiers d’Ivry, de pédagogue au Conservatoire d’art dramatique, de responsable dans la profession, en qualité de président de l’Association technique pour l’action culturelle, l’A.T.A.C. En 1981, il devient directeur du Théâtre national de Chaillot. Reprenant la formule de Schiller sur «le théâtre élitaire pour tous», il affirme sans ambiguïté son exigence vis-à-vis de la politique de création et du public. Ses mises en scène vont être marquées par une féconde collaboration avec le scénographe Yannis Kokkos et le compositeur Georges Aperghis. Vitez ouvre sa première saison avec trois spectacles présentés en alternance: Faust , Britannicus et Tombeau pour cinq cent mille soldats , d’après Pierre Guyotat. À cela s’ajoutent un travail dit de «petites formes» installées dans les foyers (La Voix humaine , Entretiens avec Saïd Hammadi , etc.) et une redécouverte du répertoire (Hippolyte de Garnier et l’Orfeo de Monteverdi). L’année suivante, c’est Falsch de René Kalisky, et Hamlet , présenté en version intégrale. En 1983-1984, il revient à la Russie avec La Mouette et la création du Héron d’Axionov. Ayant abandonné toutes ses anciennes responsabilités, Vitez anime également une école de théâtre dans le cadre du Théâtre national de Chaillot. Le travail ainsi mené connaît son acmé à partir de 1985, avec Hernani et Lucrèce Borgia , de Victor Hugo. Puis vient le temps des grandes œuvres claudéliennes: L’Échange (1986) et, surtout, la version intégrale du Soulier de satin , présentée à Avignon avant d’être reprise à Chaillot. Nommé, en 1988, administrateur général de la Comédie-Française, Vitez y met en scène Le Mariage de Figaro (1989) et La Vie de Galilée , de Brecht (1990).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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